Activités-Revenus des cardiologues


Revenus 2007 : stagnation dans la meilleure hypothèse

Par Jean-Pol Durand (Le Cardiologue n° 314 - Septembre 2008)

Mis en ligne le 29-01-2009
L’ennui avec les statistiques de revenus est qu’elles divergent selon les sources et les modes de recueil. Ainsi trouve-t-on des différences substantielles entre celles que livrent (parcimonieusement) les impôts, qui sont intéressantes au niveau de la balance recettes/charges et celles des Caisses par exemple qui ne tiennent compte que des recettes conventionnelles, ignorant donc les autres revenus (expertise, piges, vacations, etc.). La profession organisée a elle-même ses propres sources, par le biais des AGA que contrôlent souvent les syndicats. Problèmes : celles-là sont carrément contradictoires.

Deux sources peuvent être mobilisées par la profession lorsqu’elle prétend exploiter des données ne devant rien aux Caisses et tenant compte à la fois de l’ensemble des revenus, conventionnels et autres, et de l’ensemble des charges. Ce sont celles de la CARMF et celles des AGA (Associations de Gestion Agrées) auxquelles adhèrent encore une majorité de libéraux tant qu’ils y trouvent intérêt.

Les statistiques de la Caisse de retraite sont intéressantes mais sous-estiment assurément la réalité car fondées sur les déclarations fiscales de tous les affiliés, libéraux évidemment mais aussi hospitaliers à secteur privé qui vont s’y fabriquer une retraite complémentaire jadis avantageuse. Les statistiques des AGA sont en théorie plus fiables car représentatives des seules déclarations 2035. Le problème est que ce milieu est lui-même atomisé et comporte essentiellement deux sources :
-  l’AGAPS (Association de Gestion Agréée des Professions de Santé) une des plus anciennes et sans doute la plus importante, qui compte la CSMF parmi ses membres fondateurs ;
-  la Conférence des ARAPL (fédération d’associations régionales) d’autre part, dont la « famille » d’origine est l’UNAPL (Union Nationale des Associations de Professions Libérales) où l’on trouve également des avocats, notaires, architectes... Cette organisation adhère également à l’UNASA (Union Nationale des Associations Agréées) qui regroupe d’autres AGA spécifiquement médicales (comme l’UNAGA, l’AGL, l’AGML... mais pas l’AGAPS).

Conséquences : les observateurs disposent de deux sources, certes contradictoires, mais avec une explication qui se cache dans les recrutements respectifs : la source AGAPS recense essentiellement des médecins d’obédience CSMF, et donc a priori plutôt en secteur 1, quand les autres AGA (surtout l’AGL qui est dans l’orbite du SML ou l’UNAGA de la FMF) doivent compter beaucoup plus de praticiens urbains, en secteur 2 ou exerçant en groupe (dont on sait qu’ils gagnent en moyenne 16 % de plus que leurs homologues isolés du seul fait des économies générées par la mise en commun des dépenses). Ces biais de recrutement suffisent sans doute à expliquer les disparités voire les divergences.

•Pour 2007, les statistiques de la fédération UNASA/ARAPL donnent donc un bénéfice net en berne à - 5,5 % : 111 800 € contre 118 300 € en 2006 (et 109 000 € en 2005). Si l’on ne s’intéresse qu’aux recettes « nettes » (honoraires bruts, moins rétrocessions), les chiffres sont de 204 300 € (2007) contre 218 700 € (2006) et 204 300 € (2005). Si l’on l’observe l’évolution des honoraires sur 3 ans, on s’avise que cette année de baisse est donc consécutive à une année de forte hausse.

• Pour la même année, mais selon la source AGAPS, c’est rigoureusement l’inverse : 2007 s’avère une année un peu plus faste que 2006, laquelle était en net recul par rapport à la précédente. Les chiffres :
-  recettes nettes de 190 762 € (2007), 188 819 € (2006) et 185 114 € (2005) ;
-  résultat net de 93 124 € (2007), 88 926 € (2006) et 91 700 € (2005).

Plusieurs observations méritent d’être formulées  :

1. on sait qu’en cardiologie, les statistiques de revenus des professionnels sont considérablement affectées par l’impact de la composante interventionnelle ; mais on ne sait pas en mesurer précisément la répartition ici ;

2. l’impact du parcours de soins (que nous analyserons dans un prochain numéro) semble s’être fait ressentir à une période différente dans les deux populations pour une raison inconnue, mais vraisemblablement liée au biais de recrutement des adhérents ;

3. si l’on s’intéresse aux tendances sur trois ans, en lissant les chiffres des deux sources, on obtient une croissance de revenus de + 2,56 % aux ARAPL entre 2005 et 2007 et + 1,55 % à l’AGAPS... Soit un petit point de différence, mais en tout état de cause une croissance très modérée, et évidemment légèrement négative si l’on tient compte de l’inflation ;

4. dans les deux sources, la maîtrise des dépenses professionnelles prend une part importante dans le maintien du pouvoir d’achat, ce qui ne manquera pas d’inquiéter quant à l’investissement ou à l’emploi dans le secteur économique de la cardiologie.

Ces données sont évidemment à prendre « pour ce qu’elles sont » : deux photographies différentes d’un même groupe économique, certes prises au même moment, mais sous un angle différent.

Le portrait ne deviendra parfaitement net qu’au moment où cette double image pourra être croisée avec les autres sources que sont les statistiques des Caisses d’une part, et celles des impôts d’autre part... Mais l’une et l’autre bien trop tardives pour s’avérer d’une quelconque utilité dans les négociations tarifaires ou de nomenclature.

D’où l’intérêt de doter la spécialité d’un « Observatoire » qui lui serait propre.

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